La NSA espionne la France....

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Voici un beau cas d'école de l'abus massif par les EU de leur outil de renseignement pour défendre leurs intérêts commerciaux.

L’ampleur de cette pratique n'était un secret pour personne mais, à l'image du scandale Wikileaks, le scandale Snowden permet de mieux comprendre le fonctionnement des grandes oreilles et sa portée réelle. Il pousse les EU dans leur retranchement en les empêchant de nier.
 
La position des EU dans les questions très stratégique de la gouvernance d'Internet va en ressortir laminée à long terme. Ces derniers avaient pris la vicieuse habitude de détourner de façon massive est quasiment sans vergogne l'argument de la "guerre globale contre le terrorisme" à des fins de puissance traditionnelle, c'est à dire "égoïste".
 
Le scandale Snowden met clairement cet abus en lumière et va de ce fait renforcer la main des émergents (notamment les puissances autocratiques qui souhaitent paradoxalement un contrôle serré) dans leur souhait de reformer en profondeur le régime de la gouvernance d'Internet en tentant de le sortir du giron Américain pour le replacer dans un cadre "international" plus rigide. Ce scandale affaiblit par ailleurs naturellement l'axe transatlantique sur la question qui avait pourant plutôt bien survécu à la dernière conférence de l'UTI à Dubai.
 
Après le scandale Wikileaks, le mouvement global de transparence déclenché par la révolution numérique connait ainsi un nouveau tournant qui renvoie, à ses dépend, le modèle américain (et plus largement le modèle de l'Etat nation démocratique et libéral) à ses propres contradictions....
 
 

Espionnage de la NSA : les Etats-Unis intéressés par Wanadoo et Alcatel-Lucent

Le Monde.fr | 


21.10.2013 à 06h32


Des serveurs informatiques dans un data center de Paris, le 30 juin.


 

La toile tissée par la NSA, révélée par Edward Snowden, l'ex-consultant de la plus importante agence de renseignement américaine, est symbole de gigantisme. On en sait, aujourd'hui, davantage sur les procédures et l'exhaustivité de l'intrusion américaine. C'est une certitude, les Etats-Unis fouillent les secrets de leurs alliés comme de leurs ennemis. En revanche, peu d'éléments ont encore filtré sur l'autre visage de cet espionnage, celui où apparaissent les individus ou lesentreprises ciblés par le gouvernement américain.

Lire nos informations Comment la NSA espionne la France

 
 

Cette facette, sans doute la plus explicite en termes d'atteinte aux libertés publiques et individuelles, ne concerne donc pas que les pays considérés comme des adversaires mais également des nations amies comme la France, au cœur des centres d'intérêt de la NSA. Des documents de cette agence, obtenus par Le Monde, illustrent cette intrusion, à grande échelle, dans l'espace privé des citoyens français comme dans les secrets de grandes entreprises nationales.

La preuve la plus récente de cet espionnage apparaît dans un document daté du mois d'avril 2013 au détour d'une page d'un manuel d'utilisation du programme Prism, dévoilé par Edward Snowden, qui explique, en 41 pages, aux analystes de la NSA comment se servir de cet outil destiné à la collecte des données sur les serveurs des grands fournisseurs d'accès américain tels que Microsoft, Yahoo,Facebook ou Google.

L'une des fiches du manuel indique à l'analyste qu'il ne doit pas utiliser le seul programme Prism pour ses recherches. Il doit aussi puiser ses informations à une autre source connue sous le nom d'Upstream, qui permet d'intercepter les communications qui transitent par les câbles sous-marins et les infrastructures d'Internet. Au détour d'une liste de 35 exemples d'adresses choisies pour montrerl'intérêt de cette recherche élargie, on découvre ainsi que la NSA s'est intéressée de très près, du 1er au 31 janvier 2013, à tout ce qui est lié à wanadoo.fr et alcatel-lucent.com.

Wanadoo est une ancienne filiale de France Télécom qui a lancé son activité de fournisseur d'accès à Internet en 1995 et dont les activités ont été intégrées, en 2006, sous la marque Orange. Un tiers des clients d'Orange, soit 4,5 millions de personnes, utilise encore aujourd'hui l'adresse mail wanadoo.fr. Interrogée, la direction d'Orange s'est refusée à tout commentaire.

Pour en savoir plus sur le contexte des révélations du Monde, lire l'éditorial : "Combattre Big Brother"

"ENTREPRISE STRATÉGIQUE"

Quant à Alcatel-Lucent, née de la fusion, en 2006, entre le groupe français Alcatel et l'américain Lucent Technologies, elle emploie plus de 70 000 personnes et œuvre dans le secteur sensible de l'équipement des réseaux de communications.Alcatel-Lucent possède des pépites comme les routeurs de cœur de réseau qui organisent le transport des données numériques ou l'activité de pose des câbles sous-marins par lesquels transite l'essentiel des flux de communications mondiaux. Fin 2012, Bercy a étudié la reprise totale ou partielle par Orange d'actifs d'Alcatel.

Mi-janvier 2013, Fleur Pellerin, ministre en charge des PME, de l'innovation et de l'économie numérique a évoqué le possible investissement du Fonds stratégique d'investissement (FSI), détenu par la Caisse des dépôts et l'Etat français, dans Alcatel-Lucent Submarine Networks (ASN), la filiale de câbles optiques sous-marins d'Alcatel-Lucent. Selon elle, cette activité représente un intérêt"stratégique", notamment en ce qui concerne "la cybersurveillance" et "la sécurité du territoire". Pour bien se faire comprendre, la ministre s'est déclarée favorable, sans citer les Etats-Unis, "à une solution qui maintienne l'intégrité d'ASN et son ancrage national".

Lire : L'ampleur de l'espionnage mondial par la NSA

Sollicitée par Le Monde, à plusieurs reprises, aussi bien sur les questions d'espionnage électronique américain à l'encontre d'un groupe industriel de droit français que sur les problématiques soulevées par ses déclarations concernant la sécurité des communications par voie sous-marine, Mme Pellerin a refusé de s'exprimer. Une source de haut niveau, au ministère de la défense, a indiqué, pour sa part, que les "propos de Mme Pellerin, reconnaissant publiquement que les câbles sous-marins et les stations d'atterrissage de ces câbles au contact des continents étaient des nids d'espionnage, relevaient d'une grave maladresse". Interrogé, Alcatel n'a pas voulu commenter ces informations.

Le document interne à la NSA fournit peu de détails sur les critères d'interception des données qui circulent sur les adresses wanadoo.fr et alcatel-lucent.com. On sait néanmoins, grâce à d'autres pièces dévoilées par Edward Snowden, qu'Upstream peut cibler aussi bien des adresses elles-mêmes, ce qui signifierait que la NSA peut stocker l'ensemble des informations qui y figurent, que des mots-clés qui déclenchent l'interception.

Regarder la vidéo Comment la NSA vous surveille (expliqué en patates)

 

 

 

Selon les documents obtenus par Le Monde, le programme Prism utilise, pour sa part, plus de 45 000 "sélecteurs". On ne dispose pas du nombre précis de mots-clés pour l'intrusion massive de la NSA, via Upstream, sur l'adresse wanadoo.fr. Les méthodes de tri sont proches de celles de Prism et les critères retenus par la NSA couvrent les secteurs considérés comme "stratégiques" par le gouvernement américain et ce, dans tous les domaines, ceux qui sont liés aussi bien à la sécurité qu'aux enjeux politiques internationaux ou à la défense des intérêts commerciaux du pays.

Alcatel-Lucent joue une rôle central en matière d'équipements des réseaux de communication, notamment sous-marins. L'accès, par la NSA, à l'ensemble des communications des salariés de l'entreprise pourrait donc être systématique.

La philosophie de la NSA en matière de renseignement, selon les déclarations officielles de son directeur, le général Keith Alexander, est de pouvoir être alertée en cas de danger et de disposer d'une très large base de données en cas de besoin. Ce qui laisse imaginer que le stockage des données ainsi interceptées est de longue durée.

 
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NSA : Washington tente de relativiser son espionnage en France

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 


21.10.2013 à 09h31


Barack Obama, le 16 octobre à la Maison Blanche.


 

A la suite des révélations du Monde sur l'interception massive des communications téléphoniques des Français par l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA), plusieurs responsables politiques français ont fait part, lundi 21 octobre, de leur colère et de leur incompréhension, alors que de l'autre côté de l'Atlantique, on tentait de se justifier, et surtout de minimiser la portée des écoutes qui ont lieu en France.

La Maison Blanche a annoncé lundi soir que Barack Obama s'était entretenu au téléphone avec François Hollande pour parler "des récentes révélations dans la presse, dont certaines ont déformé nos activités et d'autres soulèvent des questions légitimes pour nos amis et alliés sur la façon dont ces capacités [de surveillance] sont employées".

En retour, le président français a fait part à son homologue américain de sa"profonde réprobation à l'égard de ces pratiques, inacceptables entre alliés et amis car portant atteinte à la vie privée des citoyens français". Il "a demandé que toutes les explications soient fournies, ainsi que l'ensemble des informations dont pourrait disposer l'ancien consultant de la NSA Edward Snowden", selon un communiquéMM. Obama et Hollande "sont convenus de travailler ensemble pourétablir les faits et la portée exacte des activités de surveillance révélées par Le Monde".

Plus tôt, la Maison Blanche, qui "ne commente pas publiquement toutes les activités présumées du renseignement", a reconnu que les Etats-Unis récupéraient à l'étranger des données "du même genre que tous les pays", laissant entendre que "tous les pays" mènent de telles actions.

La présidence américaine a également rappelé que l'administration Obama a"commencé à passer en revue la façon dont [elle] obt[ient] des renseignements, pour parvenir à un équilibre entre les préoccupations légitimes de sécurité des concitoyens et alliés et les préoccupations que tous les gens partagent à ce sujet".

Lire notre entretien avec Jean-Jacques Urvoas : "Les Etats-Unis n'ont pas d'alliés, que des cibles ou des vassaux"

Dans la soirée, le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, en visite à Paris, a lui aussi tenté d'apaiser la situation, qualifiant la France de "vieil allié" – une expression lourde de sens à Washington.

L'AMBASSADEUR AMÉRICAIN CONVOQUÉ

 


John Kerry et Laurent Fabius, le 22 octobre.


 

Plus tôt lundi, l'ambassadeur américain en France, Charles Rivkin, avait été convoqué au Quai d'Orsay pour donner l'assurance que l'interception de communications n'avaient "plus cours". Ce dernier s'est contenté de déclarerpubliquement qu'il "s'engage[ait] à faire part des différents points abordés à Washington".

Pour une période de trente jours, entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013, 70,3 millions d'enregistrements de données téléphoniques des Français ont été effectués par l'agence de cybersurveillance américaine. Selon les révélations duMonde, les cibles de l'agence américaine sont aussi bien des personnes soupçonnées de liens avec des activités terroristes qu'appartenant au monde des affaires, de la politique ou à l'administration française.

Lire nos révélations : "Comment la NSA espionne la France"

 

FABIUS : "VISIBLEMENT, IL FAUT ALLER PLUS LOIN"

Le sujet sera à coup sûr évoqué, mardi, par le chef de la diplomatie, Laurent Fabius, et son homologue américain, John Kerry, lors d'un entretien prévu au Quai d'Orsay. M. Fabius a dénoncé, lundi, des "pratiques inacceptables", à l'issue d'une réunion européenne à Luxembourg"Nous coopérons de manière utile dans le domaine de la lutte contre le terrorisme mais cela ne justifie pas tout", a expliqué le ministre. Il a ajouté qu'il demanderait des "éclaircissements très rapides" à M. Kerry.

Après une première vague de révélations, en juin, sur le programme internationalde surveillance américain Prism, le parquet de Paris avait ouvert en juillet uneenquête préliminaire sur le programme d'espionnage des communications téléphoniques et internet par la NSA. M. Fabius avait indiqué avant son départ pour le Luxembourg que la France avait déjà réagi à cette époque. "Visiblement, il fautaller plus loin", a-t-il ajouté à quelques heures de l'arrivée de M. Kerry à Paris.

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Comment la NSA espionne la France

Le Monde.fr | 

21.10.2013 à 06h01

 


 

Par 

Manifestation en soutien à Edward Snwoden, Place du Trocadero à Paris, le 7 juillet.

 

L'avenir dira peut-être, un jour, pourquoi Paris est resté si discret, par rapport à Berlin ou Rio après les révélations sur les programmes d'espionnage électronique américain dans le monde. Car la France a été tout autant ciblée et dispose aujourd'hui de preuves tangibles que ses intérêts sont quotidiennement visés.

Selon les documents de l'Agence nationale de sécurité (NSA) obtenus par Le Monde, les communications téléphoniques des citoyens français sont, en effet, interceptées de façon massive. Ces pièces, dévoilées en juin par l'ex-consultant de l'agence, Edward Snowden, décrivent les techniques utilisées pour capterillégalement les secrets ou la simple vie privée des Français. Certains éléments ont été évoqués par l'hebdomadaire allemand Der Spiegel et le quotidien britannique The Guardian. D'autres sont inédits.

Pour en savoir plus sur le contexte des révélations du Monde, lire l'éditorial : "Combattre Big Brother"

Parmi les milliers de documents soustraits à la NSA par son ex-employé figure un graphique qui décrit l'ampleur des surveillances téléphoniques réalisées en France. On constate que sur une période de trente jours, du 10 décembre 2012 au 8 janvier 2013, 70,3 millions d'enregistrements de données téléphoniques des Français ont été effectués par la NSA. 

LES TROIS PARTIES

L'agence dispose de plusieurs modes de collecte. Quand certains numéros de téléphone sont utilisés dans l'Hexagone, ils activent un signal qui déclenche automatiquement l'enregistrement de certaines conversations. Cette surveillance récupère également les SMS et leur contenu en fonction de mots-clés. Enfin, de manière systématique, la NSA conserve l'historique des connexions de chaque cible.

Cet espionnage apparaît au titre du programme "US-985D". L'explicitation exacte de ce sigle n'a pas été fournie, à ce jour, par les documents Snowden ni par d'anciens membres de la NSA. A titre de comparaison, les sigles utilisés par la NSA pour le même type d'interception visant l'Allemagne sont "US-987LA" et "US-987LB". Cette série de numéros correspondrait au cercle qualifié par les Etats-Unis de "troisième partie" auquel appartiennent la France, l'Allemagne mais aussi l'Autriche, la Pologne ou encore la Belgique. La "deuxième partie" concerne les pays anglo-saxons historiquement proches de Washington, le Royaume-Uni, leCanada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, connus sous le nom des "Five Eyes". La "première partie" concerne, elle, les seize services secrets américains.

Lire : L'ampleur de l'espionnage mondial par la NSA

Les techniques utilisées pour ces interceptions apparaissent sous les codes "DRTBOX" et "WHITEBOX". Leurs caractéristiques ne sont pas connues. Mais on sait que grâce au premier code, 62,5 millions de données téléphoniques sont collectés en France du 10 décembre 2012 au 8 janvier 2013 et que le second permet d'enregistrer sur la même période 7,8 millions d'éléments. Les documents donnent suffisamment d'explications pour penser que les cibles de la NSA concernent aussi bien des personnes suspectées de liens avec des activités terroristes que des individus visés pour leur simple appartenance au monde des affaires, de la politique ou à l'administration française.

Le graphique de la NSA montre une moyenne d'interceptions de 3 millions de données par jour avec des pointes à presque 7 millions les 24 décembre 2012 et 7 janvier 2013. Mais du 28 au 31 décembre, aucune interception ne semble avoir été opérée. Cet apparent arrêt d'activité pourrait s'expliquer, notamment, par le délai nécessaire à la reconduction, fin décembre 2012, par le Congrès américain de la section 702 de la loi encadrant l'espionnage électronique à l'étranger. De même, rien n'apparaît les 3, 5 et 6 janvier 2013 sans que l'on puisse, cette fois-ci, avancerde raison plausible. De nombreuses questions se posent encore, à commencerpar l'identité précise des cibles et les justifications d'une collecte si massive de données sur un territoire étranger, souverain et allié.

Voir le visuel interactif : "Plongée dans la 'pieuvre' de la cybersurveillance de la NSA"

Sollicitées, les autorités américaines n'ont pas souhaité commenter ces documents qu'elles considèrent comme "classifiés". Néanmoins, elles renvoient à la déclaration faite, le 8 juin, par le directeur national du renseignement américain :"Pour les personnes ciblées à l'extérieur de nos frontières, nous ne pouvons lesviser sans de motifs légalement fondés, tels que la menace terroriste, informatique ou de prolifération nucléaire."

"INFORMATEUR UNIVERSEL"

La France n'est pas le pays où la NSA intercepte le plus de connexions numériques ou téléphoniques. Le système "Boundless Informant" (informateur universel), révélé, en juin, par Edward Snowden au Guardian, a permis d'avoir une vision d'ensemble et en temps réel des renseignements récupérés à travers le monde grâce aux différents systèmes d'écoutes de la NSA. "Boundless Informant" collecte non seulement les données téléphoniques (DNR) mais aussi celles liées à l'univers numérique (DNI).

L'un de ces documents, que Le Monde a pu consulter, relève qu'entre le 8 février et le 8 mars, la NSA a collecté 124,8 milliards de DNR et 97,1 milliards de DNI dans le monde dont, bien évidemment, des zones de guerre comme l'Afghanistan, ainsi que la Russie ou la Chine. En Europe, seuls l'Allemagne et le Royaume-Uni dépassent la France en termes de nombre d'interceptions. Mais pour les Britanniques, cela s'est fait avec l'assentiment de leur gouvernement...